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Il pleuvait sur Paris
Et la Seine était grise
Comme un pigeon malade
Conte à l’envers
Quand un beau capitaine
Ramènerait d’Orient
Trois navires chargés d’or
Et deux de perles fines
Et les bijoux des reines
Pour m’en faire cadeaux
J’en aurais moins de joie
O mon beau capitaine
Que d’une chaîne de coquillages
Où je me sois piqué les doigts
Petite chanson
Une jeune fille de paille tendre
Avec des yeux de marais
Un jeune homme sans moisson
Avec des mains de faucheur
Mais les marais sont profondes
Sous les pas des audacieux
Pour séduire les nénuphars
Il faut beaucoup de patience
Un jeune homme sans moisson
Noyé dans des yeux d’eau froide
Une jeune fille de paille tendre
Qui s’enfuit sur les chemins
Un jeune homme chez les morts
Une jeune fille de paille sèche
La plage
Sur la plage neptunienne
Où j’enterre ma tristesse
Les yeux de mon amant
Sont deux lacs menteurs
Où flottent
Des larges nymphéas
Que je ne cueille pas
Et ne veux pas cueillir
De peur de me noyer.
Mais le cancer bleu de ma mémoire
Ronge mes jours présents
Je noie en vain mes souvenirs
Et ma tristesse ne meurt point
Et les lacs ne sont pas taris
Sur la plage neptunienne
Les lions viennent encor boire…
Poussière
Les mots de poussière
Coulent doucement
Au creux de la mémoire
Et laissent
Dans ma bouche
Un goût de cendre
Un arrière-goût du passé
Et le passé n’est plus
Les mots de poussière
Sont des souvenirs morts
Et le passé me brise
Mais je suis vivante
Désespérément vivante
Bizarrement vivante
Sous la Poussière.
Rêve du 20 au 21
Je suis
Douce comme un poisson lisse
Et les tendres étoiles
Glissent sur mon corps brillant
Et mes cheveux sont algues
Où passe le chant de la mer
Le chant d’un coquillage
Pleure
En larmes vertes
A mes oreilles
Je me retourne
Dans la vague
Mais l’écume n’est qu’un drap
blanc.
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Le ciel semé d’oiseaux
Ne fleurit que Nuages
La pluie est le blé du ciel
C’était il y longtemps
C’était hier soir
Nous avons parlé sans cesse
Dans le café aux grands miroirs
Buvant des liqueurs pâles
Et l’alcool de nos souvenirs
La rue battait les vitres
Visages visages entr’aperçus
Notre jeunesse poussa la porte
Belle comme une inconnue
Mais le reflux l’emporta
La rue roulait des visages
Sans regard et sans mémoire
Où courait donc notre jeunesse
L’ivresse la contrefaisait
Dans le café aux grands miroirs
Un soir à Paris sous la pluie
C’était presque le printemps
T’en souviens-tu
Nous flânions dans les rues
Le visage mouillé
Nous avons bu un grog bouillant
En face du musée de Cluny
De ses jardins fantastiques
De ses hautes murailles
Où la nuit se promène en secret
La dame à la Licorne
Auprès des lions de pierre
Et les petits lapins roulent
Sur les parquets
Une fleur entre les dents
La pluie glissait sur les vitres
Nous étions dans un bateau
Qui coulait
Aux hublots ruisselants
Nous cherchions les sirènes
Acer griseum
Comme le serpent
Il change de peau
Mais il ne s’enfuit pas
Il s’ancre dans la terre
Et mesure les nuages
Acacia
Immobile
Mais ne vous y fiez pas
Il étend ses racines
Sous vos pieds
Il parle avec le vent
Au-dessus de vos têtes
Ses épines
Ne sont pas ses seules armes
Chêne vert
Architecte patient
L’arbre invente
Textures
Formes et couleurs
Pour enclore
Le temps qui passe